jeudi 11 août 2016

Blackout de John Lawton

Pour ceux qui aiment: Les aventures de James Bond de Ian Fleming

Printemps 1944: la vie à Londres se poursuit tant bien que mal, entre blackout et bombardements allemands. Nous sommes à quelques jours du grand débarquement et la ville est peuplée de militaires se préparant pour cette grande opération.
Frederick Troy, jeune inspecteur à Scotland Yard, tente de défendre la loi en ces temps exceptionnels. La guerre fauche des milliers de vies, mais Troy refuse de laisser des meurtres impunis. Un bras retrouvé par des enfants dans un quartier ravagé par les bombardements va très vite attiser sa curiosité... d'autant que le membre semble appartenir à un citoyen allemand.

Premier opus des aventures de l'inspecteur Frederik Troy, Blackout mélange tous les ingrédients du bon roman de divertissement: une enquête policière, des vilains espions, des personnages secondaires hauts en couleurs, un contexte historique passionnant et des conquêtes féminines jamesbondiennes [enfin j'espère que le côté décalé était voulu par l'auteur]. 

En fait plus roman d'espionnage que roman policier, cette première enquête de l'inspecteur Troy décrit de plus très bien le contexte de l'Angleterre en temps de guerre. A la suite de Troy, le lecteur découvre à la fois les abris du métro de la capitale où se réfugiaient les Londoniens, et les soirées festives organisées malgré la guerre et le rationnement. Le travail de l'auteur sur le style (lu en vo) et l'emploi d'expressions très "datés" participent également à nous plonger entièrement dans l'ambiance des années 40.  

Je ne suis généralement pas une adepte des séries policières, dont je trouve les héros souvent trop stéréotypés (j'ai nommé l'inspecteur alcoolo dépressif), mais j'ai ici beaucoup aimé le personnage créé par John Lawton. Troy est une jeune inspecteur, dont les origines bourgeoises et russes détonnent au sein de Scotland Yard. C'est un personnage intelligent et plein d'ironie, qui aurait pu être plus approfondi ici (comme tous les personnages d’ailleurs) mais qui est suffisamment intéressant et attachant pour qu'on ait justement envie de le retrouver dans d'autres aventures, histoire d'en apprendre davantage (objectif a priori réussi pour l'auteur donc.)

Malgré les quelques longueurs et incohérences, j'ai dans l'ensemble aimé cette lecture. L'intérêt du personnage de Troy et du contexte prennent au final le pas sur une intrigue une peu bancale. 

Le billet de Kathel sur le deuxième tome de la série m'a un peu refroidie, mais si je tombe dessus un jour, je tenterai probablement le coup.

Londres, 1944. La Luftwaffe donne son assaut final sur la capitale déjà exsangue et les Londoniens se précipitent dans les abris souterrains.
Au milieu du chaos, un bras coupé est exhumé par un groupe d'enfants jouant sur un site bombardé de l'East End.
Le sergent détective Frederick Troy, de Scotland Yard, parvient à relier cette découverte à la disparition d'un scientifique de l'Allemagne nazie. Il met au jour une chaîne de secrets menant tout droit au haut commandement des Alliés, et pénètre les mystères d'un monde corrompu, peuplé de réfugiés apatrides et d'agents secrets.

Livre lu dans le cadre du Blogoclub du 1 juin (et vous avez donc une idée du retard dans la publication de mes billets)

LAWTON John, Blackout, ed. Penguin, mai 1995, 416p.
LAWTON John, Black-out, ed. 10/18, avril 2015, 480p. 

jeudi 28 juillet 2016

Retour de vacances et Longlist du Booker Prize 2016

Après quelques longues semaines de silence, pour cause de vacances au soleil, je suis de retour avec une bonne dizaine de billets à rédiger sur mes lectures de l'été. Mais commençons par mon rendez-vous annuel avec le BookerPrize, qui a publié hier sa Longlist. Voici donc les 13 romans retenus par le jury, présidé cette année par Amanda Foreman, l'auteur de Georgiana, Duchess of Devonshire: 

The Sellout de Paul Beatty (USA): Roman satirique sur la lutte pour les droits civiques aux USA, sur la vie dans les ghettos noirs de Los Angeles et la condition des afro-américains en général. 

The Schooldays of Jesus de J.M. Coetzee (South Africa): Récit initiatique avec pour héros un petit garçon, Davíd, enrôlé dans une Académie de danse. Le livre est décrit comme une suite de Une enfance de Jésus, par l'auteur déjà double vainqueur du prix.  

Serious Sweet de A.L. Kennedy (UK): Une histoire d'amour qui se passe sur 24h à Londres et qui met en scène Jon et Meg, deux êtres au bord du gouffre mais qui luttent contre l'immoralité du monde. 

Hot Milk de Deborah Levy (UK): Un roman sur la relation compliquée entre une mère et sa fille, réfugiées dans un petit village de pêcheurs en Espagne afin de trouver une cure miracle à l'étrange et inconnue maladie de l'aînée. 

His Bloody Project de Graeme Macrae Burnet (UK): Seul roman policier de cette cuvée et surprise de cette sélection, His Bloody Project est un "novel about a crime" plutôt qu'un "crime novel" comme le dit son auteur. Burnet revient en effet sur l'affaire Roderick Macrae, un triple meurtre qui avait défrayé la chronique en Angleterre en 1869. 

The North Water de Ian McGuire (UK): La confrontation entre deux hommes, Drax, un alcoolique assoiffé de sang, et Sumner, un ancien chirurgien de l'armée désargenté, tout deux coincés sur un baleinier dans les eaux gelées de l'hiver arctique. 

Hystopia de David Means (USA): A la fin des années 60, Eugen Allen décrit une réalité alternative dans laquelle JFK n'a pas été assassiné, et où la nouvelle agence fédérale, la Psych Corps, s'occupe à grand renfort de drogue des vétérans du Vietnam revenus traumatisés de la guerre. 

The Many de Wyl Menmuir (UK): Timothy Buchanan décide de s'installer dans un petit village de la côte anglaise. Mais l'animosité des villageois le surprend et très vite, il se pose des questions sur les secrets qu'on essaie de lui dissimuler. Un roman qui renoue avec le genre gothique.    

Eileen d'Ottessa Moshfegh (USA): Eileen Dunlop jongle depuis des années entre son père alcoolique et son boulot de secrétaire à la prison des mineurs. A l'arrivée de la charismatique Rebecca, engagée comme conseillère à la prison, Eileen se réjouit d'avoir un peu de compagnie. Mais son amitié avec Rebecca va très vite la mener à transgresser toutes les limites de la moralité. 

Work Like Any Other de Virginia Reeves (USA): Dans les années 20s, Rosco T. Martin est un électricien compétent et amoureux de son métier. Mais quand sa femme hérite de la ferme familiale, il est forcé de tout abandonner pour se reconvertir en agriculteur. Tout bascule quand un jeune homme s'électrocute sur les lignes illégales tirées par Rosco. Il est alors arrêté et jeté en prison pour une peine de 20 ans. 

My Name Is Lucy Barton d'Elizabeth Strout (USA): Le récit d'une remise en question: celle de Lucy Barton, en rémission dans un hôpital après une courte opération. L'occasion pour elle d'interroger son enfance, son mariage raté, l'amour qu'elle porte à ses enfants et son désir d'écriture. 

All That Man Is de David Szalay (Canada-UK): Neuf hommes, d'âges différents, dans des pays différents, dont les vies vont se rejoindre pour offrir un kaléidoscope de ce qu'est la masculinité aujourd'hui. (Pfiouu, ça transpire la testostérone tout ça ;-)) 

Do Not Say We Have Nothing de Madeleine Thien (Canada): En 1991, Ai-Ming, qui a fui la Chine suite à la révolution de Tiananmen, raconte à la jeune Marie l'histoire de la Révolution Culturelle en Chine à travers le parcours chaotique de trois musiciens, passionnés par leur art. 






Comme vous le remarquerez, la cuvée est cette année bien moins ethnique que d'habitude. La diversité des genres et des thèmes me plait cependant et je lirais a priori volontiers The North Water de Ian McGuire, Eileen de Moshfegh ou Do Not Say We Have Nothing de Madeleine Thien, voire Serious Sweet de Kennedy qui semble être parmi les favoris. 


Et vous, que pensez-vous de cette sélection très anglo-saxonne? 

La shortlist sera annoncée le 13 septembre, avant le choix final prévu pour le 25 octobre.
 


mercredi 29 juin 2016

Alexandre Grothendieck: sur les traces du dernier génie des mathématiques de Philippe Courroux

Pour ceux qui aiment: l'un des 3-4 livres publiés en bloc sur le sujet début 2016, comme Algèbre - Eléments de la vie d'Alexandre Grothendieck de Yan Radeau ou Alexandre Grothendieck: Itinéraire d'un mathématicien hors normes de Georges Bringuier

Alexandre Grothendieck, un nom probablement inconnu pour la plupart d'entre nous. Et pourtant, Alexandre Grothendieck figure parmi les mathématiciens les plus reconnus du 20ème siècle. A la base de la théorie des motifs qui a révolutionné la géométrie algébrique, Grothendieck est décédé en 2014, à l'abri des regards dans l'Ariège où il s'était retiré depuis plus de 20 ans. 

Philippe Courroux, journaliste à la Libération, tente de cerner ce personnage atypique, fils de révolutionnaires, réfugié de la deuxième guerre mondiale, à la fois génie des mathématiques et hippie soixante-huitard. Très vite, son caractère difficile et son esprit contestataire le mènera à refuser tout honneur et à se retirer des cercles des mathématiques françaises pour devenir un écologiste convaincu. Un sacré morceau donc ce Grothendieck, un personnage complexe, aux multiples facettes et aux multiples vies. 

Et c'est peut-être là le problème... Suite à la mort de Grothendieck en 2014, j'ai l'impression qu'une course à la publication de sa première biographie s'est enclenchée. Je n'ai pas lu les autres ouvrages cités plus hauts, mais j'ai définitivement eu l'impression que le livre de Courroux était un peu inabouti et précipité (alors que l'auteur dit avoir mis 4 ans à l'écrire): quelques coquilles, beaucoup de répétitions, quelques éléments annexes qui font un peu bouche-trou, une structure pas toujours très logique. Dans l'ensemble, j'ai eu le sentiment qu'il manquait du contenu, ou du moins une vision tentant de percer le personnage. Courroux semble avoir réuni un nombre certains de documents et de témoignages mais je n'ai pas l'impression d'avoir compris Grothendieck ou même d'avoir réellement pénétré son univers suite à ma lecture. Sans vouloir jouer au voyeur, j'ai également regretté le manque d'informations sur sa vie privée: pas de photos, peu d'informations sur ses nombreuses femmes et enfants. Qui partageait sa vie? Pourquoi cette relation difficile avec ses enfants? Je pense que certains éléments m'auraient aidée à voir le personnage plus clairement. Enfin, le travail de vulgarisation des mathématiques de Grothendieck est initiée mais je pense que l'auteur aurait pu aller un peu plus loin. 

Au final, et bien que Philippe Courroux m'ait permis de découvrir ce mathématicien, je n'ai réellement pénétré ni l'homme, ni son travail, ni son entourage. Grothendieck mérite probablement une biographie plus aboutie, écrite à tête reposée, une fois les milliers de documents découverts après sa mort déchiffrés. 

Je remercie Babelio et Allard Editions pour l'envoi de ce livre. Ne loupez pas l'extrait du Petit Journal avec Philippe Courroux comme invité qui reprend tous les éléments importants du roman (si vous voulez vous la jouer paresseux ;-))

COURROUX Philippe, Alexandre Grothendieck: sur les traces du dernier génie des mathématiques, ed. Allard Editions, février 2016, 250p.