La belle de l'étoile de Nadia Galy

Comment retrouver l'envie de vivre quand l'homme que vous aimez met fin à ses jours? C'est la question centrale du nouveau roman de Nadia Galy. Sa narratrice est une femme profondément chamboulée, dans sa chair, jusqu'au fond de ses tripes, par la mort de son amant, Sorj, pour qui elle n'a pas su tout plaquer. Complètement déboussolée, elle décide de disparaitre, et s'exile à Saint-Pierre-et-Miquelon, île isolée du nord de l'Atlantique où elle se fait envoyer une à une les lettres écrites par Sorj au temps de leur amour. Cherchant ainsi à se recentrer sur l'être perdu, elle va cependant trouver dans la vie et la petite communauté de l'île la force de se reconstruire, petit à petit.

La belle de l'étoile est le récit brut d'un malaise extrêmement profond. La narratrice de Nadia Galy est complètement ensevelie sous une tonne de douleur, de remords, de culpabilité suite à la perte de son amant. Un profond malaise qui se traduit par un besoin de se priver, de son quotidien parisien, de chaleur, de nourriture et de vie tout simplement. Je suppose que le lecteur sera soit touché par cette profonde douleur, soit hermétique à cette apathie et aux réactions extrêmes du personnage. Pour ma part, j'ai été plutôt sensible à cette tentative d'anéantissement volontaire, ou j'ai du moins réussi à y compatir.

La situation du personnage principal n'est, à mon avis, pas le seul point qui peut diviser les lecteurs. L'écriture de Nadia Galy, par moment très cash et orale, ou au contraire penchant vers l'ultra-description métaphorique, ne fera probablement pas l'unanimité. J'ai pour ma part oscillé entre plaisir et agacement, mais je reconnais à Nadia Galy un style bien à elle, une recherche dans les tournures bien que celles-ci penchent parfois un peu vers le ridicule. Quelques passages un peu too much, qui m'ont toutefois plu:

"Ne pas me voir ne m'empêchait pas de saisir l'état de mon corps et d'en suivre l'amenuisement à force de queues de cerises et d'eau fraîche dont il faut dire que je m'accordais les premières avec parcimonie et la seconde d'autant plus rarement que mon sang titrait désormais douze degrés! Mes doigts semblaient avoir allongé, ils tâtaient le parvis entre la peau et les os avec beaucoup d'attention. Le flic qui gendarmait ma tête était content. J'avais la fesse creuse! Ce n'était pas un gouffre, mais un poisson rouge aurait pu y survivre un jour ou deux. Je notais aussi la saillie de mes tarsiens. J'étais en bonne voie vers l'accomplissement de mes ambitions - disparaître, devenir une arête." p. 60-61

"Puis je m'étais retrouvée nue et transie au bord de l'eau, face à une lune qui avait dû faire une indigestion d'étoiles pour briller autant quand les nuages de traîne avec lesquelles elle jouait voulaient bien la laisser paraître." p. 140

Côté déception, je relèverai la décision incompréhensible de l'auteur d'ignorer les échanges épistolaires de la narratrice et de Sorj. Je m'attendais à ce qu'ils servent de fil rouge à l'intrigue, alors que le lecteur ne découvre au final le contenu que d'une seule lettre, à la toute fin du livre. Une occasion complètement manquée à mon avis de rendre ce livre plus tendre et intense, plus intéressant  aussi. Car il faut avouer que le roman est autrement une suite d'évènements mineurs et peu approfondis, quelque peu corsée par des retrouvailles qui semblent bien trop artificielles. J'ai toutefois aimé découvrir le quotidien de la vie à Saint-Pierre-et-Miquelon, un cadre franchement original pour un roman et que l'auteur connait bien pour y avoir séjourné 6 ans.

Vous l'aurez compris, j'ai fait un peu les montagnes russes avec ce roman. La douleur qui émane du livre m'a touchée mais mon impression finale reste tout de même celle d'une intrigue bien trop brouillonne; comme si l'auteur avait voulu réunir les bons éléments de ce roman, à savoir le thème du deuil coupable, la correspondance, l'exil, le lieu, etc., sans réussir toutefois à assembler le tout de manière tout à fait cohérente. A vous de voir...

Après la mort de l’homme qu’elle aimait, une femme choisit de s’exiler à Saint-Pierre-et-Miquelon, île battue par les vents, espace sans frontière. Ce sera son refuge pour relire la correspondance de son amant, qu’elle se fait expédier de Paris, et y répondre, comme s’il était encore vivant.

Comment survivre à la perte ? Défier l’inéluctable ? Mêlant le rire et l’effroi, le style singulier de Nadia Galy, l’auteur d’Alger, lavoir galant et du Cimetière de Saint-Eugène, sublime la violence de cette expérience dans un récit plein de grâce et de poésie. Roman sur le deuil et l’amour, La belle de l’étoile raconte avant tout la renaissance d’une femme, magnifique personnage habité par la force et l’énergie salvatrice des mots.

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre.

GALY Nadia, La belle de l'étoile, ed. Albin Michel, août 2014, 240p.

Commentaires

  1. Belle chronique. Je suis assez d'accord pour les montagnes russes mais pas trop sur le fait qu'il ne se passe rien. Le récit et à l'image que je me fais du chaos sidéral que doit être un deuil pareil...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci MTG. Ce n'est pas qu'il ne se passe rien; mais j'ai trouvé que les différents événements n'étaient pas forcément nécessaires à l'intrigue, comme s'ils n'y avaient pas été bien intégrés. Je pense à Gloria, la correspondance, la morgue, l'alerte tsunami, etc. J'ai trouvé que l'auteur passaient un peu vite sur chacun des éléments, sans les exploiter au maximum.

      Supprimer
  2. Entre ton billet et celui de MTG, je ne sais pas si j'ai envie de lire ce roman ou pas. Vous m'avez intriguée tous les deux, malgré vos bémols. Je le note pour un jour peut-être.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le traitement du deuil est très fort et m'a vraiment touchée. Le style de l'auteur est également intriguant. Deux éléments qui méritent à eux seuls de découvrir ce roman à mon avis.

      Supprimer
  3. Réponses
    1. Ah oui, j'ai vraiment beaucoup aimé le cadre du roman. J'en ai peu parlé dans ce billet, mais le fait de découvrir le quotidien de cette île si isolée est un élément très sympa du bouquin. On a froid, on a envie de se réfugier dans le bar du coin, de découvrir cette petite communauté et ses expressions. Vraiment l'un des points forts du livre.

      Supprimer
  4. Le simple thème me fait fuir ! Envie de légèreté dans mes lectures :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Effectivement, on est très très loin de la lecture légère ;-)

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante

Prix des lecteurs de l'Hebdo 2016: Mon expérience de jurée

Blog-anniversaire: 8 ans déjà!