An instant in the wind (Un instant dans le vent) d'André Brink

Pour ceux qui aiment: Ceux de July de Nadine Gordimer


Le Cap, Afrique du Sud: Peu après avoir épousé l'aventurier-géographe Larsson, Elisabeth, une jeune femme de la bonne société coloniale, décide de l'accompagner dans son périple vers les terres encore inconnues de l'Intérieur. Mais le voyage tourne court et Elisabeth se retrouve seule dans le bush. Comment survivre dans ces terres inhospitalières, à des centaines de kilomètres de toute habitation? Le salut viendra-t-il d'Adam, un esclave en fuite?

André Brink est un auteur emblématique d'Afrique du Sud qui nous a malheureusement quitté en février 2015. Je me devais de relire cet auteur après une lecture d'Une saison blanche et sèche qui ne m'avait laissé absolument aucun souvenir... au point même que je serais incapable de vous dire si j'avais aimé ou non. Bref, grâce à une lecture commune avec Keisha, Electra et A Girl from Earth, je me suis enfin décidée à retenter l'expérience. 

Première impression: une écriture très perturbante avec des narrateurs qui s'alternent de paragraphe en paragraphe, sans réelles démarcations. C'est étrange car je lis en parallèle Morphine de Twardoch, qui utilise un procédé similaire, et il faut dire que cela m'a épuisée, dans un cas comme dans l'autre. J'ai eu de la peine à entrer dans le roman et malgré sa relative brièveté et le fait que je m'y suis prise bien 1 mois et demi à l'avance pour être sûre d'être au rendez-vous pour cette LC... et bien à l'heure où j'écris ces lignes, il me reste encore une cinquantaine de pages à lire. 

Bloquée donc dans ces deux lectures, j'ai du cravacher pour avancer: gênée tout d'abord par le style dans la première partie, malgré des thématiques intéressantes comme la société du Cap du 18ème siècle et les enjeux des relations blancs-noirs de l'époque. Puis, alors que le style me semblait devenir plus fluide, l'intrigue change de cap (ha ha) et j'avais presque l'impression de lire un Harlequin mode barbare-sauvage bourré de testostérone et pauvre demoiselle en détresse. Et là, ce n'est pas du tout du tout ce à quoi je m'attendais. Bien sûr, je comprends le message de l'auteur qui, en plein pendant l'apartheid, a voulu montrer un homme noir plein de sagesse et pourtant dénigré par la société, face à la blanche ignorante. Mais en 2016, à l'heure où ce message (devrait être) évident, l'intérêt du livre est quelque peu perdu. Sur une thématique similaire, j'ai trouvé Nadine Gordimer beaucoup plus subtile. Brink avait-il vraiment besoin d'une histoire d'amour limite crédible pour parler de respect? 

Je reviendrai peut-être éditer ce billet dans quelques jours, une fois que j'aurai fini ce roman, mais je suis, jusqu'ici, un peu déçue par cette lecture que j'attendais plus profonde, portée par une écriture plus travaillée et parsemée de descriptions d'une Afrique du Sud encore sauvage. J'en espérais probablement trop!

EDIT du 22 mars: Voilà, j'ai à présent terminé le livre et bonne nouvelle, j'ai trouvé les cinquante dernières pages bien plus profondes et engageantes. A mesure que le couple se rapproche du Cap, les implications de leurs relations deviennent de plus en plus flagrantes et la naïveté de leur amour est petit à petit engloutie. Une très belle fin donc pour ce roman.

Je comprends mieux à présent la construction du roman avec cette phase "harlequinesque", sorte de conte de fée, qui s'oppose à la rudesse et au retour à la réalité de la dernière partie. Par contre, je reste d'avis que Brink a loupé l'occasion de faire de cette histoire un grand roman. J'ai eu trop de peine à croire à cet amour (ce qui est en partie normal) mais plus grave, j'ai eu de la peine à le trouver beau. Si cet aspect avait été mieux réussi, alors le dernier tiers du roman aurait vraiment été terrible et m'aurait sûrement arraché quelques larmes. Là, j'ai trouvé intéressant mais je suis restée assez froide.
En fait, je retire ma comparaison avec un Harlequin car l'atout justement de ces livres et d'engager les lectrices, de les faire s'identifier aux personnages. Mon problème ici est au contraire que je n'ai pas réussi à aimer les personnages et qu'au final, au delà de la réflexion sur les questions raciales, leur destin m'a laissée bien trop indifférente.

Au final, je garderai sûrement un meilleur souvenir que prévu de cette lecture, et surtout de nos échanges avec mes co-lectrices, en particulier avec A Girl qui m'a encouragée à tenter de voir le roman autrement. A relire peut-être un jour...

Allez, prochaine étape Schoeman, et là j'espère être époustouflée!

A white woman and a black man are stranded in the wilderness of the South African interior. She is an educated woman, totally helpless in the wilds. He is a runaway slave, the lowest of the low in society's eyes. 

They know only each other... and a long trek back to civilisation. 

BRINK André, An instant in the wind, ed. Flamingo, 1987 (publié pour la première fois en 1976), 250p. 
BRINK André, Un instant dans le vent, ed. Livre de Poche, 320p. 

Commentaires

  1. Bon, allez courage et puis tu vas voir la fin n'est plus du tout centrée sur l'histoire d'amour sur leur survie ! comme le dit Keisha, on est ici plus dans le Koh Lanta,mais le vrai, le désert, les dangers, la soif, la faim... J'ai préféré cette partie-là à la partie sur l'amour (qui pour moi n'en est jamais vraiment un). Ton avis changera peut-être après ? Mais oui, le style narratif, surtout ces dialogues silencieux, j'y arrive pas ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avais déjà commencé la partie sur le désert quand j'ai écrit mon billet. C'est vrai, c'est un peu moins mièvre mais ça n'a pas complètement ravivé mon intérêt. J'espère le finir ce week-end...

      Supprimer
  2. Nooon, toi aussi tu as trouvé leur romance harlequinesque ?? C'est assez drôle parce que c'est un genre que je n'apprécie pas du tout et je suis même assez allergique aux histoires d'amour, surtout quand c'est mièvre, et ici, je n'ai pas eu une seule éruption de boutons.;-) Je trouve que réduire cette histoire à une romance basique et sirupeuse, c'est la sortir totalement de son contexte. Rien de romantique ici pour moi, rien de moi Tarzan toi Jane, rien de feel good, aucune tentative de faire rêver le lecteur ni soupirer après le héros (c'est ça pour moi le harlequinesque^^). Si ça avait été le cas, oui, là j'aurais probablement hué.:-)
    Je ne suis pas très d'accord non plus avec ta vision de l'homme noir sage et la femme blanche ignorante, sorte de stéréotypes inversés pour mieux servir l'intrigue. Je trouvais justement qu'ils avaient tous les deux bien des défauts et des faiblesses de caractère. Ce qui était intéressant dans l'évolution progressive de leurs personnages (je trouve), c'est qu'ils avaient justement réussi à voir chez l'autre l'humain et non plus la race qu'il représentait au départ. Dommage que tu n'aies pas fini le roman parce que le dénouement soulève bien des questions aussi, justement sur l'authenticité de leurs rapports, ou la difficulté d'assumer leur histoire dans la société de l'époque.
    Bon, nous avons tout de même un avis commun sur le style.;-)
    Et j'ai beaucoup aimé Gordimer mais là c'est encore une toute autre histoire, un autre angle de vue, un autre contexte, et une autre époque.
    Il ne te reste plus que Schoeman, celui-là, je pense que tu apprécieras sans problème.;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai, je suis d'accord avec ce que tu dis: ils s'aiment parce qu'ils arrivent à voir l'humain plutôt que la race. C'est horrible à dire, mais c'est peut-être la raison pour laquelle je n'ai pas du tout cru à cette histoire. Dans le contexte de l'époque, même perdus au milieu du bush, j'ai eu de la peine à croire qu'une femme comme Elisabeth oublierait tous ses préjugés et se mettrait à courir toute nue sur la plage avec un esclave.
      Je n'abandonne pas, et si proche du but, je compte bien aller jusqu'au bout. Je te redirai si mon avis change une fois la dernière page tournée.

      Supprimer
    2. ... "ils arrivent à voir l'humain plutôt que la race", loin de la civilisation (càd, débarassés des préjugés sociaux, du carcan social, du regard des autres etc, avec d'autres priorités, survivre entre autres), je pense que c'est ça aussi qui permet à Brink de raconter cette histoire d'amour improbable. Après, de tout temps, et pour sortir du cadre de la race, tu en as des romanciers qui ont essayé de faire la peau aux préjugés, sociaux souvent, faire voir un monde différent possible. Ça reste un fantasme d'auteur, mais ça fait réfléchir, en dehors du fait que ce soit réaliste ou non. Pour reprendre une histoire d'amour classique, Mr Rochester et Jane Eyre par exemple, deux êtres de classes sociales très différentes, dans le très victorien 19è siècle anglais. Eux aussi sont quelque part stéréotypés, le prince charmant bourru façon la Bête, et la pauvre orpheline mais qui a quand même un peu de caractère. Et ça passe.:-)
      Bon, comme je disais aux autres, je pourrais discuter des heures (des lignes haha) de ce livre et ses thématiques mais ce serait vain. Très curieuse tout de même de ton avis à la fin du livre.;-)

      Supprimer
    3. Pas faux pour Jane Eyre, c'est probablement tout aussi improbable. Mais pour moi, la différence est que l'histoire de Jane Eyre fait "rêver" mon coeur de midinette alors que celle d'Elisabeth pas du tout (et ce n'était probablement pas son but de toutes façons). Perso, je lis Jane Eyre pour avoir une histoire romantique et ça ne me gêne pas si ça fait un peu conte de fée alors que je lis Brink pour une réflexion sur l'Afrique du Sud et du coup, j'ai besoin de croire à ce qu'il me raconte pour vraiment crocher.
      Là, au final, si on pousse un peu, on est presque dans la fable philosophique à la Voltaire et je t'avoue que c'est loin d'être mon style préféré. Ajouté à ça une romance à laquelle je n'ai pas accroché...
      Mais bon, je trouve passionnant... et étonnant ton avis ;-) C'est vrai, on pourrait en discuter des heures.

      Supprimer
  3. Je viens voir ton avis ce matin (hier j'ai coupé l'ordi tôt) et je m'amuse fort car figure toi que mon premier jet de billet comportait le mot Harlequin, que j'ai transformé en Romance. J'espère que tu as lu la dernière partie, que j'ai vue comme un super documentaire de survie dans le bush, et là c'est crédible et passionnant (âmes sensibles aimant les animaux, s'abstenir). En fait totu est bien dans ce roman, géographie, histoire avec un grand H, habitants du coin, etc. SAUF l'amour nunuche (l'amour plus mature ne m'aurait pas gênée)
    Nadime Gordimer et les pages sublimes entre son ex boy et sa patronne sont d'une tension remarquable, oui totu à fait;
    Et j'espère que tu vas aimer Schoeman, ouh la oui.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est clair qu'il manque quand même un peu de fioritures pour en faire un vrai Harlequin mais il y a quand même des moments très "forts". Et bon, j'ai de toutes façons de la peine avec les romans où les pauvres femmes, belles mais impulsives et pas toujours sages, sont secourues par un homme sage et sexy. La thématique de la race n'y change rien, je trouve ça énervant et nias.
      J'ai rencontré le chien et vu vos billets, je m'attends au pire. Mais please, faites que ça ne soit pas aussi triste que Disgrâce de Coetzee ^_^

      Supprimer
  4. De l'auteur, j'avais aimé Une saison blanche et sèche. Mais c'est le seul que j'ai lu.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour ma part, je sears même incapable de te dire de quoi parle Une saison blanche et sèche, alors que je l'ai lu il y a environ 10 ans. Tu vois à quel point il m'a marquée...

      Supprimer
  5. Bien, tu as terminé, j'ai vraiment été intéressée par cette survie dans le veld et la fin, ben on la connaissait;.. Histoire d'amour, moi ça ne me gêne pas, c'est la façon de raconter qui m'a tellement agacée que je n'ai pu m'attacher à Elisabeth (Adam, j'aime bien!!! ^_^)
    Go pour schoeman!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Figure-toi que j'avais oublié le début du livre ... et donc la fin. Enfin tu me comprends ^_^ Mais bon, difficile d'imaginer une autre conclusion en même temps. Schoeman, j'y travaille, promis!

      Supprimer
  6. C'est toujours sympathique quand la fin rattrape un peu le reste. J'ai rencontré l'auteur à St Malo, ça reste un beau moment parce que je l'admirais beaucoup.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si je ne suis pas convaincue à 100% par mes lectures de son oeuvre, faites peut-être trop tard (?), j'aurais beaucoup aimé rencontrer l'homme. Il avait quand même un sacré courage pour avoir écrit ces romans à l'époque.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante

Prix des lecteurs de l'Hebdo 2016: Mon expérience de jurée

Blog-anniversaire: 8 ans déjà!